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Marie Kalipé : Fondatrice de Kalipe.be

Dernière mise à jour : 17 oct. 2020


Marie Kalipé - Kalipe.be

Il émane comme une force de la jolie chevelure de Marie Kalipé, la fondatrice de la plateforme Kalipe.be, spécialisée dans la valorisation de la beauté afro. Valeur Féminine l’a rencontrée. Elle dévoile l’histoire du démarrage de sa plateforme et partage ses connaissances dans les soins des cheveux afros.


VF: Peux-tu nous raconter la genèse de ton projet ?


Marie Kalipé : Le blog MK Natural Beauty, aujourd’hui devenu Kalipe.be, est né à la suite de mon retour à mes cheveux naturels. À force d’y appliquer du défrisant, ceux-ci se cassaient de manière cyclique. En 2014, j’ai pris conscience que j’en avais assez de toujours les défriser et d’investir beaucoup d’argent dans les soins capillaires. J’avais envie de voir un retour sur investissement. Je cherchais à revenir au naturel sans pour autant les couper d’un coup, car je n’avais jamais eu les cheveux courts. J’avais fait mon dernier défrisage un mois avant de prendre cette décision. Bizarrement quelques semaines plus tard, j’ai eu une réaction allergique au niveau de mon cuir chevelu. J’utilisais un produit dont la formulation avait été modifiée à mon insu. Cela a provoqué la chute de la moitié de ma longueur avec l’apparition de plaques sur ma tête ! Le dermatologue m’a alors prescrit des médicaments et m’a déconseillé toute manipulation comme des tresses ou le défrisage. Le fait de m’interdire cela ne m’a pas secouée étant donné que je m’étais décidée à arrêter. À partir de ce moment, je me suis tournée vers des produits plus naturels, et grâce à mes recherches, j’ai commencé à composer mes propres soins. Au bout d’un an de transition, j’avais des cheveux en bonne santé. Les gens autour de moi se sont alors mis à me demander comment je faisais pour entretenir ma chevelure. Finalement, je décidai de partager toutes mes connaissances dans mon blog MK Natural Beauty. MK sont mes initiales et « Natural Beauty » fait référence à ma routine naturelle du point de vue des ingrédients qui sont respectueux de la santé.


VF: Quels produits as-tu utilisés lors de ta transition capillaire ?


Marie Kalipé: J’ai utilisé des huiles végétales bio. Je n’ai pas eu recours à celles vendues en magasin comme les huiles minérales ou des huiles concoctées. Ces dernières contiennent des ingrédients qui donnent un aspect lisse et soyeux aux cheveux, mais qui en réalité vont former un bouclier sans laisser pénétrer le produit. On aura l’impression qu’elles les nourrissent et les hydratent alors qu’ils sont confinés. Les huiles végétales, en revanche, ont un effet inverse. J’ai aussi utilisé du miel, des poudres indiennes, du shampoing avec des ingrédients naturels, du savon noir ou l’œuf qui constitue également un excellent shampoing.


Me reconnecter à moi-même, m’a transformée à mon insu. C’est cette valorisation que je voulais aussi transmettre ; se réapproprier ses cheveux naturels comme une partie de son identité et être en paix avec cela.

VF: Comment as-tu vécu la casse de tes cheveux ?


Marie Kalipé: J’ai pris le bon côté des choses. Je n’avais pas d’autres choix, car cette casse provenait d’une réaction allergique. Cela s’est produit à une période de ma vie où j’ai traversé des expériences assez difficiles. Durant ce mois, j’ai été brûlée avec de l’eau chaude au deuxième degré. J’étais dans un état peu glorieux et je devais constamment me protéger du soleil. J’avais besoin de changement pour pouvoir sortir de là. J’ai dû m’absenter plusieurs semaines de mon travail et du monde extérieur. Couper mes cheveux et arborer un autre look m’a donné l’impression de refaire surface en étant une nouvelle personne.



Marie Kalipé - Kalipe.be


VF : Quelles ont été les réactions dans ton entourage, notamment sur ton lieu de travail ?


Marie Kalipé : J’avais une double histoire à raconter ; celle de mon accident et celle de ma nouvelle apparence. Comme j’aime bien le dire,les personnes achètent ce qu’on leur vend, c’est-à-dire la manière de se présenter et de se positionner dans son environnement et dans la société. Sachant cela, je n’ai pas vu de réactions négatives parce que je me laissais voir sous un angle positif. J’étais en vie et en bonne santé. Les choses auraient pu être pire, car après ma brûlure, j’ai été conduite tout de suite aux urgences. J’ai eu de la chance, et c’est ce que j’ai envie de transmettre. Je communiquais ce message sans avoir besoin de parler. J’ai aussi la grâce de me trouver dans un bon environnement, néanmoins ma manière d’être en est aussi pour beaucoup.


VF : Selon toi, y a-t-il une appréhension à montrer ses cheveux afros en société  ?


Marie Kalipé : Je pense que oui malheureusement. J’anime aujourd’hui des ateliers où j’explique à des femmes comment soigner leurs cheveux pour que ce soit quelque chose de normal dans la société. Beaucoup ont encore du mal à les montrer. Pourquoi ? Parce qu’il y a des réflexions par rapport à ce type de cheveux qui restent méconnus. Les gens ont tendance à dénigrer ce qu’ils ne connaissent pas. Quelque part, c’est à chacun de faire passer le message qu’il n’y a rien de mal à avoir des cheveux crépus. Aujourd’hui, il y a toujours beaucoup d’endroits et de milieux professionnels où cela n’est pas accepté, parce que peu de personnes osent arborer une chevelure afro.


VF: D’où vient cette crainte de montrer ses cheveux naturels d’après toi ?


Marie Kalipé : Cela vient de la méconnaissance. Il y a eu une coupure dans la transmission des soins, des pratiques et des ingrédients à utiliser pour soigner ce type de cheveux, les rendre malléables et visibles dans la société. Même si nos cheveux sont différents, il faut accepter. Quand les cheveux crépus ne sont pas en bonne santé, ça se voit, mais lorsqu’ils le sont, apprécions-les à leur juste valeur !

VF: L’acceptation du cheveu afro est-ce une valeur que tu as voulu transmettre à travers ton ancien blog, l’actuelle plateforme Kalipe.be ?


Marie Kalipé : Oui, absolument ! Deux ans après mon retour au naturel, mon entourage et mes collègues ont commencé à me dire que quelque chose avait changé chez moi. Plus cela devenait insistant, plus je me demandais de quoi il pouvait s’agir. Je ne voyais pas le fait de laisser mes cheveux naturels comme une transformation, car j’avais intégré cette partie de mon identité comme faisant partie de moi. En y réfléchissant, je me suis rendu compte que le changement provenait bien de ce fait. Je cherchais à utiliser des produits sains, et je souhaitais le partager avec les autres. Me reconnecter à moi-même, m’a transformée à mon insu. C’est cette valorisation que je voulais aussi transmettre ; se réapproprier ses cheveux naturels comme une partie de son identité et être en paix avec cela. Mais, ce n’est pas toujours évident selon sa personnalité et le milieu où l’on vit.

Kalipe.be

VF: Est-ce facile d’assumer son afro dans la société européenne selon toi ?


Marie Kalipé : L’Histoire a démontré qu’on nous a gommés de la société et de l’espace médiatique, parce que les cheveux afros et la peau noire ne sont pas un idéal de beauté. Être noir et avoir une chevelure crépue en Europe n’est pas la norme. Ça reste quelque chose de difficile. Il n’est pas habituel de se voir représenter à la télévision. J’ai hâte d’arriver au jour où l’on ne remarquera plus notre couleur. La transmission et la valorisation de cette identité sont primordiales. C’est ça qui va changer les choses et c’est là qu’est mon travail. Ma vision est que les adultes auprès desquels je partage mes connaissances lèguent celles-ci à leur tour à leurs enfants et ainsi de suite. Je désire que les générations futures puissent apprécier leur histoire et leur identité dans la société où elles se retrouveront, et qu’elles en soient fières.


Quand on achète un produit, il faut prendre l’habitude de lire sa composition, car l’argent se gagne difficilement. Donc achetons de façon responsable pour notre santé et pour notre bourse aussi.

VF : Tu crées et vends des soins capillaires pour cheveux crépus sous la marque MK Naturals. En quoi diffèrent-ils de ceux qu’on peut trouver dans des commerces comme ceux du quartier Matongé, à Bruxelles  ?


Marie Kalipé : Mes produits sont composés d’ingrédients naturels dont les cheveux crépus ont besoin. Ceux-ci sont naturellement secs à cause de leur forme spirale. Le sébum, qui est sécrété par notre corps pour hydrater et nourrir la peau et les cheveux, s’arrête au niveau de leurs racines et ne s’écoule pas sur toute leur longueur comme sur les cheveux lisses. Il faut donc apporter un surplus d’hydratation et de nutrition grâce à des soins adaptés. Si l’on recourt à des huiles minérales ou à de la silicone, cela formera un bouclier autour des cheveux et les étouffera. Sous leur apparence lisse et soyeuse, en réalité, ceux-ci meurent de soif et de faim. À un moment donné, on aura une chevelure sèche comme de la paille sans comprendre pourquoi. Pour éviter ce problème, il faut utiliser les bons produits. Ceux qui sont vendus dans les commerces censés être spécialisés comportent souvent des dérivés de pétrole et des détergents. Ces composants décapent et étouffent les cheveux sans les nourrir et les hydrater de manière optimale.


VF : Comment se fait-il qu’on puisse retrouver dans certains soins capillaires des ingrédients dérivés du pétrole ?


Marie Kalipé : Une certaine quantité de ces ingrédients est autorisée dans les cosmétiques. Il revient à chacun de consommer de façon responsable. C’est aussi le message que je veux transmettre dans mon travail et dans les ateliers auxquels je participe. Quand on achète un produit, il faut prendre l’habitude de lire sa composition, car l’argent se gagne difficilement. Donc, achetons de façon responsable pour notre santé et pour notre bourse aussi. Ce n’est pas parce que l’État autorise ces produits qu’ils sont forcément sains pour notre santé. C’est le cas pour un tas de produits commercialisés.


VF : Comment se fait-il qu’on puisse retrouver dans certains soins capillaires des ingrédients dérivés du pétrole  ?


Marie Kalipé : Il existe plusieurs manières de résoudre ce problème. Certaines applications permettent de lire les étiquettes des produits en leur donnant un score. On peut les retrouver sur Internet et les télécharger sur nos téléphones. Il suffit ensuite de scanner les articles en magasin et de voir directement s’ils sont bons ou pas. On peut aussi faire des recherches, notamment sur le web en consultant les avis sur un produit qu’on veut tester. On peut apprendre à connaître les ingrédients, participer à des ateliers comme ceux que j’anime, ou encore fabriquer ses propres cosmétiques. On peut également acheter des soins capillaires lors d’événements réunissant des spécialistes.


VF: Y-a-t-il des ingrédients qu’il faut absolument éviter ou est-ce plutôt une question de dosage ?


Marie Kalipé : En ce qui concerne les shampoings, le principal composant à éviter est le détergent sodium laureth sulfate (SLS). C’est souvent le premier élément qu’on retrouve dans la liste d’ingrédients du produit. La silicone est aussi à bannir. Les dérivés de pétrole le sont également comme le parafin et l’huile minérale. Il y a énormément d’appellations différentes pour ces ingrédients, mais il faut se renseigner. Il existe une foule d’information à ce sujet.


Marie Kalipé - Kalipe.be

VF : Pourquoi ces ingrédients sont-ils si fréquemment utilisés dans les produits capillaires ? Est-ce parce qu’ils sont bon marché?


Marie Kalipé : Effectivement. Ils sont bon marché et permettent de créer des cosmétiques à moindres frais. Si l’on achète un masque capillaire entre 3,00 € et 5,00 €, il ne faut pas s’attendre à avoir un soin de qualité. Dès qu’on a un produit composé d’ingrédients naturels et bio, on est sur de la haute de gamme.


MK Naturals - Lotion hydratante pour cheveux

VF: Peux-tu parler des particularités de tes produits ?


Marie Kalipé : Tous mes soins sont naturels et leurs ingrédients de base sont le beurre de karité et le savon noir. Ils nourrissent et assouplissent les cheveux pour pouvoir les manipuler facilement. Ce sont des produits que j’utilise sur ma chevelure et sur ma peau, et par conséquent, je sais ce qui se trouve dans ces cosmétiques. Pour l’instant, je fais la composition moi-même. J’espère qu’elle pourra se faire à plus grande échelle lorsque j’aurai plus de demandes.


VF: Quels sont les bons gestes à adopter pour bien prendre soin de ses cheveux ?


Mari Kalipé : Grosso modo, il faut bien les hydrater. On ne démêle jamais ses cheveux à sec, mais toujours quand ils sont humides. Cela évite de les casser. Il est aussi essentiel d’avoir un vaporisateur à base d’eau et d’huile, de préférence végétale (10 %). Il faut hydrater ses cheveux selon leur besoin. Pour ce faire, on peut les observer toutes les 24 heures et répéter l’opération si nécessaire. De cette manière, on pourra déterminer leur degré d’hydratation.

Avoir une bonne routine capillaire est également important. Il s’agit d’adopter des gestes clés qui vont permettre d’obtenir une chevelure en bonne santé en veillant à leur hydratation et leur nutrition. Cette routine peut se tenir chaque semaine selon chacun, ses cheveux, et son rythme de vie.


VF: Ta plateforme Kalipe.be a pour mission de valoriser la beauté afro, peux-tu expliquer ce que propose cette plateforme ?


Marie Kalipé : La plateforme Kalipé est composée du blog MK Natural Beauty (anciennement MK-Natural Beauty), et d’un système qui référence des prestataires de la beauté afro, présents en Belgique. Le blog fournit de l’information sur l’entretien des cheveux, notamment les soins à choisir en fonction de leurs besoins. Il donne aussi des recettes naturelles à base d’ingrédients de sa cuisine, par exemple. Le système de référencement permet de retrouver des coiffeurs, des maquilleuses, des esthéticiennes spécialisés dans la beauté afro. C’est aussi un moyen de valoriser celle-ci en la présentant le plus souvent possible dans l’espace public. Mon objectif est qu’un jour ça ne sorte plus de l’ordinaire d’être une femme noire et de sortir avec ses cheveux naturels dans la rue.

Marie Kalipé - Kalipe.be

VF: Est-ce que cela a été naturel pour toi de devenir une entrepreneuse ?


Marie Kalipé : Oui, cela a été naturel dans le sens où ce n’était pas un projet. Mon envie, au départ, était de retrouver des cheveux sains, et d’avoir un retour sur investissement. Au fur et à mesure, le blog est né pour répondre à un besoin, celui de l’information. La marque de cosmétiques est née pour résoudre un autre problème ; celui d’offrir des soins capillaires de qualité. C’est pareil pour la plateforme Kalipe.be; elle répond à un besoin. Ce sont des choses qui se sont mises en place par nécessité. J’aurais pu choisir de ne pas prêter attention aux demandes que je recevais. J’aurais pu me dire : “Je vis ma vie et débrouillez-vous ” ! Mais, j’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice (rires). J’ai découvert qu’une personne peut changer et transmettre un message positif quand elle est en accord avec sa véritable identité. Pour ma part, l’entrepreneuriat est une démarche naturelle, mais pas forcément facile. Ma vision de léguer quelque chose pour les générations futures est le moteur qui m’aide à avancer.


VF: Est-ce que cela a changé ton quotidien ?


Marie Kalipé : Oui, car ma vision est devenue une mission. Je travaille énormément pour l’accomplir. Du coup, je ne compte pas les heures et cela change en effet mon quotidien. Certaines semaines, je me prive de week-ends. Mais, je ne m’en plains pas, car j’aime ce travail. On peut se demander ce qu’on fait dans la vie quand on n’a pas de vision. Pour ma part, je crois l’avoir trouvée, et je marche maintenant sur le chemin de ma destinée.



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Interview réalisée par Valeur Féminine


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