Esther Tshiamalenge : conseillère en gestion des finances personnelles et blogueuse
- Lisette Kazadi

- 27 avr. 2020
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 oct. 2020

Fraîchement entrepreneuse et animée par le désir de partager son expérience à d'autres femmes, Esther Tshiamalenge est le visage derrière le blog Héroïnes du quotidien qui parle de gestion financière et dont la mission est d'encourager les femmes à développer un revenu à domicile.
Valeur féminine (VF) :
Comment t’es venue l'idée de démarrer ton blog Héroïnes du quotidien ?
Esther Tshiamalenge : L’idée de ce blog est dans ma tête depuis au moins 2 ans. Auparavant, j'étais cadre de santé et je gérais l'hôpital la nuit. La plupart du temps, mes équipes étaient composées de femmes et certaines traînaient des pieds pour venir travailler. Elles étaient parfois anxieuse, mais elles maintenaient leur emploi, car il était vraiment alimentaire. Quand je leur disais de diminuer leurs heures, elles me répondaient que ce n'était pas possible à cause de toutes leurs responsabilités; payer un loyer, rembourser un crédit hypothécaire, un crédit voiture, payer les études des enfants, etc. Ce sont toutes des réalités que les femmes et les mamans connaissent. Je trouvais dommage qu' elles ne sachent pas qu'en 2018, 2019 on peut encore travailler en réduisant ses heures et en ayant un travail complémentaire plus passif. Il y a des métiers qui rapportent (de l'argent, NDLR, mais qui sont plus passifs.
C'est comme ça que m'est venue l'idée de créer ce blog Héroïnes du quotidien. J'y parle de gestion financière en expliquant notamment comment gagner sa vie de façon beaucoup plus passive. Il est possible de continuer à travailler et d'avoir une meilleure qualité de vie grâce à d'autres revenus que ceux issus du salariat à temps plein.
VF : Qu’entends-tu par revenu passif ?
Esther Tshiamalenge : J'aime bien dire que les revenus passifs sont des revenus qui arrivent sur ton compte quand tu dors. C'est un peu provocant comme citation (rires). Ce sont des revenus automatiques en fait. Grâce à l'ère d'Internet, c'est vraiment possible. Bien entendu, cela demande un travail en amont. Par exemple, si vous écrivez un livre vous allez travailler de manière très intense pendant un laps de temps moyen ou court et puis ce bouquin va commencer à vous rapporter de l'argent, même quelques années plus tard, même pendant que vous dormez. Un autre exemple c'est de faire de l’infopreneuriat* ou de créer un business sur le Net. Vous travaillez sur ce projet pendant un petit temps, par exemple 6 mois ou 1 an, en vous formant dans le domaine dans lequel vous vous lancez et automatiquement ces formations vous génèrent des revenus même en dormant. Le cybercommerce aussi peut vous aider, car il vous permet de faire de la publicité en ligne pour votre boutique et de gagner ainsi un complément de revenu. J'ai l'impression qu'il y a encore beaucoup de gens qui ignorent ces façons de gagner sa vie. L'investissement dans l'immobilier quant à lui peut générer des revenus semi-passifs. Vous achetez un bien pour le rénover et le faire louer par des locataires et tous les mois ceux-ci remboursent votre bien avec une petite plus-value. Ce sont tous des exemples de revenus passifs qu'il faudrait développer. Malheureusement, on a été formaté pour travailler d'une seule façon, qui n'est pas mauvaise en soi. Je pense que le salariat a ses lettres de noblesse; il nous apprend à être rigoureux, à travailler avec une certaine cadence, une certaine discipline. Il permet de travailler avec des collègues qui sont parfois un peu plus compétents que vous ou moins compétents. Il permet de travailler avec des personnes au caractère compliqué et cela pousse à s'adapter. Il y a aussi les transferts de compétences entre collègues. Ce sont des choses qui sont très bien dans le salariat. Néanmoins quand cette source de revenus tarit cela devient stressant. C'est pour cela que j'encourage les femmes à découvrir d'autres sources de revenus.
VF: J’entends que la qualité de vie c'est quelque chose d'important pour toi. Il ne faudrait pas que le travail empêche les femmes de perdre en matière de qualité de vie.
Esther Tshiamalenge : Tout à fait. Les femmes ont tellement de casquettes. Je m'en rends compte davantage depuis que je suis épouse et maman. Elles ont le rôle d'épouse, de maman et de travailleuse. Étant chrétienne, certaines comme moi sont engagées dans des ministères à l'église. Ce sont toutes des casquettes que les femmes portent. Il faut vraiment faire attention à notre qualité de vie et penser à soi. C'est très important. Nous les femmes nous pensons beaucoup aux autres mais peu à nous-mêmes. Nous ne prenons pas le temps de nous reposer, de nous faire plaisir, de faire du sport. C'est important d'être bien pour pouvoir donner aux autres. C'est pour cela que je pense qu’il faut être bien dans son travail quitte à diminuer ses heures si un temps plein ne nous convient pas. Certaines me disent : “Ah mais ce n'est pas possible”. Je pense que c'est toujours possible. On a toujours le choix, ça dépend de vos priorités. Si vous avez une grosse maladie demain, vous allez devoir diminuer drastiquement votre temps de travail. N'attendez pas d'être malade pour le faire. Faites-le maintenant parce que votre famille a besoin de vous, vos enfants ont besoin de vous et vous pouvez encore profiter de la vie. N'attendez pas. En 2020, on ne peut pas se permettre de n'avoir qu'une seule source de revenus, il faut vraiment s'ouvrir à d'autres choses. D'ailleurs, je parle de cela dans mon logo d' Héroïnes du quotidien. C'est la femme de proverbe 31 (dans la Bible, NDLR). C'est une femme qui se lève tôt le matin et qui pense à beaucoup de choses. On voit qu'elle est un peu entrepreneuse cette femme. On dit qu'elle pense à un champ et elle l'acquiert. Ses fils la disent heureuse. Son mari est quelqu'un de respecté. Cela veut donc dire qu'elle est épanouie dans sa vie de famille. Elle fait plein de choses et elle demeure épanouie. Ce n'est donc pas impossible, ça ne se contredit pas, c'est quelque chose qui peut se faire. À nous de faire les choix qui incombent pour que cela se réalise. Pour moi, la qualité de vie est mon fer de lance, mon moteur. Dieu ne nous a pas créés pour qu'on survive jusqu'à notre prochaine semaine de vacances. On doit jouir de la vie qui est encore belle.

VF : Actuellement, tu n'es plus infirmière-chef. Tu travailles aujourd'hui à temps partiel comme professeur dans une école d'infirmerie où tu encadres les étudiants stagiaires. Cette réorientation professionnelle a-t-elle été salutaire pour toi ?
Esther Tshiamalenge : Elle a été une bouée de sauvetage. C’est quelque chose que j'avais sur le cœur depuis longtemps. J'aime beaucoup l'enseignement et la transmission de savoir. Pour moi, c'est quelque chose d'important dans ma profession. Ayant travaillé presque 20 ans sur le terrain, ça me semblait normal d'accompagner la nouvelle génération à embrasser ce beau métier. Les étudiants m’enseignent aussi car ils sont riches de plein de choses. J'apprends à leur contact me remettant moi-même en question. Étant quelqu'un qui aime apprendre, cette réorientation professionnelle a vraiment été salutaire. Et puis, même au niveau de la réorganisation du travail à la maison, cela m'a beaucoup aidé, car cela me permet d’avoir du temps pour ma famille et pour des projets comme Héroïnes du quotidien que j'avais mis de côté.
VF : Imaginais-tu un jour devenir entrepreneuse ?
Esther Tshiamalenge : J'ai toujours plein d'idées comme dirait mon mari (rires). Mon parcours professionnel n'a jamais été linéaire comme peut l'être celui des gens qui font 15 ans, 20 ans dans une même boîte. J'ai toujours changé de fonction ou d'entreprise au bout de 3 ans ou 4 ans parce que j'aime bien apprendre et évoluer. Cela ne m'étonne pas d'être en arrivée à créer ce blog. Cela a pris un peu plus de temps parce qu'on procrastine beaucoup. On souffre aussi du syndrome de l'imposteur; on se demande si l'on est légitime si les gens vont nous écouter. Je me suis dit d'y aller, car j'ai aussi des choses à apporter dans ce monde. C'est ça qui m'a motivée. Et fort de ma foi, je me suis dit qu'avec Dieu tout est possible. J'ai aussi été encouragée par mon mari qui me voyait en parler depuis 1 an et me demandait: “Quand est-ce que tu vas te lancer”? Finalement, je me suis lancée, je n’en suis pas morte, je n'ai pas été en prison.

Quand on a une santé financière saine, on pourra parler de revenus alternatifs, car à partir de cette bonne santé financière on peut générer une épargne. Et avec cette épargne, on peut investir. Avec cet investissement, on peut générer des revenus passifs ou semi passifs. Et cela, on ne nous l'apprend pas à l'école.
VF: Tu es donc d'un côté salariée et d’un autre côté tu es entrepreneuse. Comment combines-tu ces différents rôles ?
Esther Tshiamalenge: Difficilement. Je ne dirai pas que je gère tout de main de maître. J'essaie de planifier ma semaine. Il y a encore des choses que je n'arrive pas à faire selon mon planning. C'est pour cela que je me fixe des objectifs réalisables. Il y a encore des points à améliorer. Par exemple cette semaine j'avais prévu de faire des choses que je n'ai pas encore faites. Je dois encore trouver mon rythme de croisière, car c'est encore tout nouveau, ça ne fait que quelques mois que je me suis lancée. Je pense que la meilleure façon de faire cela est de planifier une semaine ou un mois à l'avance et de respecter cette planification. C'est là où le bât blesse, car en tant qu' entrepreneuse on doit tout gérer. C'est là où je dois trouver mon équilibre quitte à ne pas dormir tant que je n'ai pas terminé ce que j'ai prévu de faire. J'essaie de trouver cet équilibre.
VF: Et au niveau de l'équilibre entre la vie familiale et la vie professionnelle, comment cela se passe-t-il pour toi ?
Esther Tshiamalenge: Cela se passe bien parce que j'ai beaucoup plus de temps pour ma famille et pour moi. Cela a été un choix salutaire. Mon mari et ma fille sont contents. Je suis également contente, car je prends plus de temps pour moi. Je peux faire des choses que j'aime comme aller nager, aller à la bibliothèque, à la salle de sport ou encore fréquenter mes amis. En plus, j'aime bien ce que je fais.
VF: Quels sont tes projets pour ton blog Héroïnes du quotidien d’ici 1 an ?
Esther Tshiamalenge : D’ici 1 an j'aimerais bien avoir au moins 12 à 24 articles écrits. J'aimerais aussi accompagner des gens à mieux gérer leurs finances personnelles parce que je constate que c'est là où le bât blesse. Quand les gens ne gèrent pas bien leur argent au départ, quand il y a une mauvaise gestion des finances, tout est déséquilibré dans le foyer.Je voudrais donc accompagner des femmes qui ont besoin de cette aide-là. Le nombre idéal serait d'une femme par mois.
VF: As-tu déjà eu des contacts avec des personnes ?
Esther Tshiamalenge: Oui, j'ai déjà eu des contacts avec deux personnes. Une autre vient de me contacter pour me demander de l'aide en matière de gestion de ses finances personnelles. On ne nous apprend pas à gérer ses finances quand on est à l'école. On nous dit juste qu'on va avoir un salaire. On ne nous dit pas comment le gérer, comment épargner ou investir ou encore comment développer des revenus alternatifs. On ne nous parle pas de tout cela. Et donc j'aimerais bien accompagner les personnes qui voudraient tirer profit de cette aide.

VF: Quel type de conseils apportes-tu aux personnes demandeuses de ton aide ?
Esther Tshiamalenge: Dans un premier temps, je fais un bilan avec la personne de son rapport à l'argent. On regarde ensemble comment elle se comporte avec l'argent; quand elle était petite avait-elle de l'argent de poche ou pas ? Si oui comment l'utilisait-elle ? Est-ce qu'elle l’investissait dans des livres ou bien dilapidait-elle directement son l'argent ? Est-ce que pour elle l'argent c'est mal ? On va d'abord analyser son rapport à l'argent et puis on va élaborer une gestion de budget de ses finances, de ses entrées et de ses sorties afin d'établir une traçabilité exacte du fil conducteur de son argent. Je pars du credo que tout le monde peut économiser, quel que soit son salaire. Que vous gagniez 500€, 800€ ou 1200€, tout est une question de gestion. Vous seriez étonnés que certaines personnes qui gagnent 10 000€ par mois soient malgré tout endettées. En fait c'est une question de train de vie. On va analyser combien de cartes de crédit elle a. On va voir si ces cartes de crédit sont vraiment nécessaires. Est-ce qu'elle est souvent en négatif ? Est-ce qu'elle est à l'aise avec son négatif ? Certaines personnes sont en négatif tous les mois et ne sont pas inconfortables par rapport à cela. On va voir ensemble s'il y a moyen d'être en positif parce que ce ne sont pas des situations tout à fait normales. Quand on a une santé financière saine, on pourra parler de revenus alternatifs, car à partir de cette bonne santé financière, on peut générer une épargne. Et avec cette épargne on peut investir. Avec cet investissement, on peut générer des revenus passifs ou semi passifs. Et ça on ne nous apprend pas à l'école. On nous apprend à avoir un salaire, on nous dit qu'il faut avoir un beau diplôme bien que je sois tout à fait d'accord avec cela. Néanmoins, ce qu'il faut faire c’est développer cette intelligence financière pour savoir comment placer notre argent en l'investissant de façon efficace.
VF: Tu as un diplôme d’infirmière et un master en santé publique. Peux-tu expliquer comment tu as appris la gestion financière ?
Esther Tshiamalenge : J'ai en effet obtenu un master en santé publique, option gestion des institutions de soin. Mais c'est surtout à l'école de la vie que j'ai appris la gestion financière. J'ai dû faire face à des soucis financiers. Quand je suis arrivée dans le mariage, j'avais des petites dettes, je venais d'acheter un bien et je venais de me marier. La première année de mariage, mon mari et moi nous sommes dits que nous allions faire un plan d'action. Au bout d'une année, nous avions complètement tout remboursé. On a pu faire une épargne et réinvestir cet argent. Au bout de quelques années, on s’est rendu compte que cela nous réussissait.
Maintenant après 5 ans de mariage, je me rends compte que je suis inconfortable lorsque je suis en négatif. C’est quelque chose que je ne supporte plus. L’inconfort généré par le manque d’argent, le fait de ne pas pouvoir payer ses factures à temps est vraiment très désagréable. C’est quelque chose que je combats à tout prix. Je sais que cela génère de l’inconfort chez beaucoup d’autres personnes aussi. J’ai par ailleurs suivi des formations sur le web et j’ai aussi lu des livres sur l’intelligence financière qui m’ont beaucoup aidé. C’est comme cela que je suis parvenue à développer certains mécanismes qui me rendent très alerte par rapport à ces choses.
VF: Tu t’inspires donc de ton expérience pour aider d’autres personnes à développer une intelligence financière au travers de ton blog.
Esther Tshiamalenge : Oui en effet. Ce que j’entends comme plainte récurrente c’est “Oh, je n’arrive pas à boucler mes fins de mois. Le 15 du mois, je n’ai déjà plus rien, je suis déjà en négatif”. J’ai envie de dire que c’est possible d’économiser chaque mois, même un petit peu, et de rembourser ses dettes, car tout fait nombre. Un banquier m’a dit un jour que ce qu’ils analysent c’est le comportement de la personne vis-à-vis de ses finances. Ils analysent si tous les mois elle économise et si elle rembourse ses dettes. Ce genre de personne sont de bons candidats. Donc, il faut mettre en place de bonnes habitudes pour que les personnes développent cette intelligence financière. J'ai pu m’en sortir malgré les dettes que j'avais. Je pense que je pourrai aider des personnes qui sont dans ce cas-là.
*Infoprenariat: c'est gagner sa vie (ou se faire un complément de revenu) en vendant des produits et de l'information sur Internet. C'est transformer ses compétences en produits. source : https://argentcontent.org/comment-devenir-infopreneur/
Contact Heroines du quotidien
Site web : www.heroinesduqutidien.com
Vous désirez aussi partager l’histoire de votre entreprise dans Valeur Féminine ?
Prenez contact avec notre équipe
Tél. : 02/269.44.20
Email : info@valeur-feminine.be




Merci beaucoup Rille, j'espère que cela t'aura aidé et n'hésites pas à faire appel à mes services
Merci Esther pour ce partage d'expérience très enrichissant.