Francine Antonio, créatrice d'accessoires pour bébé
- Valeur Féminine

- 11 avr. 2020
- 16 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 oct. 2020

Jeune maman, épouse et travailleuse, Francine Antonio est une femme pétillante et pleine d'optimisme. Poussée par la foi en ses rêves, elle a lancé il y a 1 an sa marque Les Accessoires de Mayela.
Valeur Féminine (VF) : Bonjour Francine. Mayela est le nom de ta petite fille. Est-elle ta source d'inspiration?
Francine Antonio : Oui, de par le nom de l'entreprise déjà. Je ne voyais pas faire une entreprise avec elle comme inspiration sans que son nom ne se retrouve pas dans la marque. C'est vrai que ça fait peut-être cliché "Les accessoires de Mayela", mais je voulais la mettre à l'honneur, car elle est ma source d'inspiration.
VF: Qu'est-ce qui t'a poussé à créer des accessoires en particulier ?
Francine Antonio: J'aime beaucoup la mode et cela a commencé bien avant que Mayela soit là. J'ai toujours bien aimé m'habiller. J'ai toujours bien aimé les accessoires aussi, tout comme mon mari d'ailleurs. Nous aimons beaucoup les accessoires qui vont relever la tenue en lui apportant un plus comme les broches par exemple. Et je suis partie du constat que pour les petites filles, on a l'habitude d'aller dans de grandes enseignes et de trouver des nœuds ou des accessoires qui malheureusement sur nos afros paraissent tout riquiqui ou se voient à peine ou bien qui ne nous conviennent pas à nous ni à l'enfant. Du coup, pour ne pas laisser nos enfants en reste, j'ai eu l'idée de réaliser des accessoires moi-même. C'est comme ça qu'est née l'idée des Accessoires de Mayela. J'aimais déjà beaucoup la mode, mais je me suis aussi inspirée de mon background dans la vente.J'ai fait énormément de vente pour le compte de ma mère qui est aussi commerçante. Elle me confiait généralement certains produits à vendre. Cela pouvait être de tout, par exemple, un crayon pour les yeux que je vendais au travail et que j'arrivais toujours à vendre. J'ai vendu même de la chèvre au travail (rires). Je réussissais toujours, car c'est aussi une histoire de bagou, de savoir parler. Je pense que l'entrepreneuriat c'est aussi ça. On peut te demander de vendre des allumettes à quelqu'un, mais tellement que tu en parles bien ça peut t'amener à ta réussite dans l'entrepreneuriat.
VF: Créais-tu autre chose avant de te lancer dans la création d'accessoires pour bébé ?
Francine Antonio: Non pas du tout ! Ce sont mes premières créations, avant ça je ne créais rien. Je me limitais à vendre pour le compte de ma mère. J'arrive à vendre certaines choses en parlant d'elles ou en les portant moi-même. Quand on me demande: "Où as-tu trouvé tel vêtement?" , je donne le nom de la boutique où j'ai acheté. C'est ça qui m'a aidé à me lancer dans l'entrepreneuriat. Être une bonne influenceuse dans son propre réseau est très important pour lancer son article, car cela te garantit déjà un public qui est convaincu de ce que tu fais. Pour moi, c'était vraiment important. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas être entrepreneuse sans déjà avoir vendu. En tout cas, moi j'avais cette facilité-là et du coup cela a été une bonne porte d'entrée.

(VF): Est-ce que la création est un univers que tu as pu embrasser facilement ?
Francine Antonio: Non pas du tout. Je ne me prenais pas du tout pour une créatrice. J'ai dû utiliser le mot "créatrice" parce que j'ai ouvert une page Instagram et que je ne me voyais pas me présenter en tant que "CEO" ou "PDG" comme le font beaucoup de gens même si, ce sont différentes casquettes qu'une entrepreneuse doit porter. Je me disais que le mot "créatrice" est utilisé pour les inventions et ce qui n'existe pas... Ce mot était énorme pour moi mais j'ai dû le mettre. Je n'étais pas du tout dans l'univers de la création avant mais ça a commencé comme ça.
VF: Et maintenant, un an après avoir lancé ta marque, est-ce que tu assumes mieux cette casquette de créatrice ?
Francine Antonio: Un peu... Petit à petit, je peux commencer à me faire à l'idée d'être une créatrice et me dire que je crée des accessoires pour des personnes. Parfois, je peux croiser en rue quelqu'un qui porte mon accessoire et ça me fait plaisir. C'est vraiment comme un petit accomplissement, aussi petit soit-il. Et puis ça me rend vraiment fière de mon petit parcours jusqu'ici.
VF: Peux-tu expliquer comment se passe ce processus de création ?
Francine Antonio: Tout commence par l'imagination. C'est la première étape. Je me demande comment je vais atteindre le résultat que j'ai en tête et comment faire pour que celui-ci se répète plusieurs fois. Les accessoires que je crée sont de différentes tailles, de différents modèles que je dois d'abord les imaginer. Ensuite, on les crée à partir de tissu qui est la matière première que j'utilise, on diffuse l'information et finalement on fait tout pour que ça puisse se vendre.
VF: Comment fais-tu pour dessiner tes différents modèles ?
Francine Antonio : Pour l'instant, je n'ai pas recours au dessin pour les modèles que je vends. Mais c'est vrai que pour la suite, je compte me lancer dans une formation plus assidue, notamment en couture et dans le dessin du patron. Heureusement qu'Internet est là pour m'aider à avoir les bons patrons, comme par exemple pour mes turbans. Quand tu as plusieurs commandes, tu ne peux pas te lancer au hasard. Il faut que tu aies déjà un format préétabli pour chaque taille, etc. Ce sont des choses qui viennent petit à petit. Je me donne encore un peu de temps pour cela. J'ai vraiment appris sur le tas. Il y a toujours des tutos sur YouTube pour apprendre comment faire un patron, comment dessiner, etc. On est assez bien gâté à ce niveau je trouve. Pour le moment j'apprends, comme ça. Pour ce qui est de créer professionnellement et d'entrer dans le détail, je me donne encore 1 an ou 2 pour me former davantage et faire grandir la marque. Je pense que c'est indispensable de ramener de la théorie sur de la pratique.
Je me disais : "Mon Dieu j'ai fait tout ça pour rien, ça va tomber à l'eau et ça ne va pas m'aider". Chemin faisant, tout ce que j'ai appris pendant mon bachelier me sert maintenant. Je sais comment communiquer sur les réseaux sociaux. Je sais comment écrire un article. Je sais comment publier. Je sais ce qui va peut-être intéresser quelqu'un.

VF: Espères-tu vivre de ta marque un jour ?
Francine Antonio: C'est mon rêve ! Je pense que c'est le rêve de beaucoup d'entrepreneurs même si l'on ne se le dit peut-être pas au départ et que c'est par passion qu'on fait les choses. Mais petit à petit, on prend conscience que ce qu'on fait apporte quelque chose, porte du fruit matériellement ou financièrement. Donc oui, j'aimerais bien un jour être reconnue mondialement par mes accessoires et ce serait un bon accomplissement.
VF: Tu as expliqué avoir appris sur le tas à créer ces accessoires et récemment tu as lancé ton premier atelier, auquel Valeur Féminine a d'ailleurs participé. Tu y expliquais comment réaliser le fameux nœud qui caractérise ta marque. J'avoue que je n'ai pas du tout réussi à faire ce nœud (rires). J'ai encore essayé aujourd'hui, mais j'ai eu un peu du mal comme tu vois (rires). Est-ce que tu continues à perfectionner ta technique ?
Francine Antonio : Oui de plus en plus. Lors de l'atelier si tu t'en rappelles, j'expliquais que j'avais commencé à faire les nœuds d'une certaine façon et que petit à petit l'expérience m'a amenée à faire le nœud d'une autre façon. C'est cette technique que je partageais avec vous à l'atelier. Le but est de pouvoir se débrouiller. C'est comme quand on regarde une vidéo pour apprendre à faire des nattes à sa fille. On ne va pas y arriver la première fois mais c'est à force de s’entraîner qu'on finit par y arriver. Le nœud que tu as aujourd'hui ne ressemble pas à celui qu'on a fait (rires), mais tu as apposé ton style à toi. C'est ta façon de faire, c'est ta marque déposée. Là où je me distingue, je pense, c'est par le tissu. Ce tissu-là tu ne le retrouveras pas et tout le monde sait qu'il est associé aux Accessoires de Mayela. Une chemise que tu achètes en magasin ne sera jamais la même quand tu vas la porter. Tu ne retrouveras jamais le même repassage que celui réalisé à l'usine. L'essentiel est de transmettre quelque chose pour pouvoir s'embellir. Pour ma part, il s'agit d' embellir un peu plus nos enfants d'une certaine manière et se découvrir avec un nœud ou un accessoire différent de ce qu'on a l'habitude de voir.
VF : Est-ce important pour toi de croire en ses rêves ?
Francine Antonio: Oui... Chaque jour, je rêve de ceci, je rêve de cela et tant pis si l'on me prend pour une folle... Je fais mon maximum parce qu'on ne sait pas ce que la vie nous réserve, mais étant croyante, je sais que Dieu réserve toujours le meilleur pour nous. Il ne faut pas avoir peur de continuer, il ne faut pas avoir peur du rêve qu'on a mis au fonds de sa tête et se dire qu'on n'y arrivera pas. Je conçois bien que c'est une grosse étape de se dire "OK, je vais réaliser mes rêves". Et parfois, on peut se contenter de rêver toute sa vie et passer à côté de quelque chose. Récemment, je parlais avec quelqu'un et je disais qu'on ne peut pas garder ses talents pour soi. C'est même un péché de garder ses talents. Depuis toujours, j'aime vendre et j'ai toujours aimé créer. Quand j'avais 6 ans, j'inventais déjà des produits en mélangeant différents produits. J'ai toujours été comme ça. Je ne pouvais pas ne rien faire de mes mains et des pensées que j'avais. Pour moi, c'était important. Et donc tous les petits bagages que j'ai eus dans ma vie pendant plus de 30 ans font ce que je suis. Ces tests que tu fais pour acquérir de l'expérience, tu penses que ça ne va te servir à rien, mais au bout d'un moment tout s’imbrique et tu vas arriver à un résultat. Je ne regrette pas d'avoir sauté le pas, d'avoir essayé de goûter à mon rêve. Je dis toujours tant pis si je me casse la figure, au moins on ne m'en voudra pas d'avoir essayé. Je pense que c'est le plus important. Donc oui, il faut vraiment croire en ses rêves.
VF: Pour résumer, ta recette pour concrétiser ses rêves c'est de se lancer.
Francine Antonio: Oui, il faut se lancer. Il faut oser. Il n'y a rien à faire. C'est comme un saut en parachute. Si tu montes et que tu te dis: "Ok je vais essayer" mais qu'une fois arriver en hauteur tu n'arrives pas à sauter, tu passes à côté de quelque chose. Tu vas peut-être prendre le risque de te casser la figure et après ? En ce qui me concerne, j'ai des tas de rêves. Je n'ai pas que les Accessoires de Mayela... J'aimerais en réaliser 30 ! C'est peut-être le temps qui sera court sur la terre. Les rêves il faut les accomplir.
VF: Actuellement, tu travailles encore comme employée. Tu es mariée, tu es maman et tu as une activité entrepreneuriale en plus. Comment fais-tu pour assumer ces différents rôles ?
Francine Antonio: Ce qui est très important c'est d'abord d'avoir l'aval de son conjoint. Si je n'avais pas son soutien, je n'aurais pas pu. L'entrepreneuriat ne peut pas prendre plus de place que ta vie de famille et ta vie professionnelle. C'est une casquette en plus que tu ajoutes. C'est comme si la part du gâteau était divisée en 2 et avec l’entrepreneuriat elle est divisée en 3. Je me donne autant que je me donne dans ma vie de famille ou dans ma vie professionnelle. J'essaie en tout cas de ne pas délaisser ces deux autres aspects parce que sinon ce serait difficile. Il n'y aurait pas d'équilibre. Moi j'ai encore la contrainte de travailler à Bruxelles et d'habiter à Liège. Travailler et être marié ce n'est déjà pas facile, alors ajouter autre chose... Ce qui adoucit les choses c'est d'être soutenu. Mon mari me soutient beaucoup. Il m'aide même à faire les nœuds et à les emballer, etc. Toute seule, je n'aurais pas pu le faire. J'essaie de faire au mieux mais il y a des jours où c'est vrai que je suis fatiguée parce que l'entrepreneuriat implique de tout gérer. On fait le service clientèle, le service d'envoi, service après vente, on commande les tissus... On fait tout. C'est vrai que c'est fatiguant, mais ta passion prend tellement le dessus sur ta fatigue qu'au bout d'un moment tu te dis : "Je continue".
Je ne garde rien pour ma poche. C'est difficil,e mais je le fais, car il faut avoir le sens du devoir et de la rigueur dans l'entrepreneuriat.
VF: Travailles-tu seule à la création des Accessoires de Mayela ?
Francine Antonio: Oui, je travaille seule en collaboration avec mon mari. C'est moi qui contacte les différents prestataires au niveau des commandes du tissu, des boîtes (d'emballage NDLR). La marque prend de plus en plus de l'ampleur, donc je dois envisager d'étiqueter mes accessoires comme les vêtements vendus en magasin. Je pense à tout, je fais la pub, les shooting photo. Mon but à terme est de me faire aider par d'autres personnes comme un photographe. Parfois, ce sont les jeunes de mon entourage qui, Dieu merci, font les shooting photo et me soutiennent de bon cœur. Mais effectivement, je gère tout.
VF: Tu es donc à la tête de l'entreprise. C'est toi la gérante.
Francine Antonio: Oui, c'est moi la gérante, même si je n'aime pas poser ce mot (rires).
VF: C'est vrai que les mots peuvent faire peur comme si on avait du mal à assumer un travail entrepreneurial plus qu'un travail salarial.
Francine Antonio: Oui, c'est parce qu'on se demande si vraiment on a sa place dans cet univers. C'est comme si on se mettait à côté des gérants de grandes marques. Je fais très attention à la portée des mots et c'est pour ça que je disais que quand on m'appelle "CEO", PDG" ou "entrepreneuse", ça me fait bizarre. Je ne pensais pas que j'entreprenais quand j'ai lancé Les Accessoires de Mayela. On me disait: "Tu es une entrepreneuse" et moi je répondais: "Oh doucement, je suis juste quelqu'un qui aime bien la mode et qui a envie d'embellir nos enfants". Je ne voulais pas me voir comme une entrepreneuse car cela s'est fait naturellement de par ce que je faisais. Donc l'entrepreneuriat a été une suite logique. Avoir une page Facebook et une page Instagram a poussé certaines personnes à me dire: "Ce que tu fais c'est entreprendre, tu es une entrepreneuse qui lance sa marque". Du coup tout a pris une autre ampleur. Aux Ateliers de Mayela c'est là que toute l'émotion est remontée parce que j'ai vu que j'avais un soutien, j'ai vu que des gens m’encourageaient et étaient fiers de moi.

VF : C'est important de s'assumer parce que c'est aussi une manière de reconnaître qui l'on est en dehors d'un travail salarié. Dans quel domaine travailles-tu ?
Francine Antonio: Je travaille dans le milieu des crédits bancaires. À longueur de journée, on parle d'argent et de crédit. Ce n'est pas une thématique très glamour !
VF: Quelles études as-tu suivies ?
Francine Antonio : J'ai fait un bachelier en communication, mais avant cela j'ai suivi une année en écriture multimédia parce qu'il n'y avait plus de place en communication. Comme quoi, toutes choses concourent au bien même lorsque tu penses que certaines choses vont te faire perdre du temps. Quand j'ai fait cette année en écriture multimédia, les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram n'étaient pas encore ultras à la mode. J'ai poursuivi cette année dans le but de faire ensuite une année passerelle pour me retrouver en communication. Durant mon année en écriture multimédia, j'ai pu découvrir des logiciels comme Dreamweaver, Photoshop mais aussi le langage HTML, etc. À ce moment-là, je me disais que tout cela ne me servirait à rien, car mon rêve était de devenir journaliste mode. Finalement, j'ai obtenu mon diplôme en communication même si aujourd'hui je ne travaille pas dans ce domaine. Je ne fais peut-être pas de la communication comme les grands communicateurs mais mes études m'ont quand même étaient utiles. Ce bagage m'aide dans ma communication sur les réseaux sociaux et sur mon site Internet à venir.
VF : D'après toi, devrions-nous choisir nos études, nos formations en fonction de nos talents ?
Francine Antonio : Cela dépend d'une personne à une autre. Personnellement, je me suis dit quitte à travailler, autant travailler dans un domaine que j'aimerais faire toute ma vie et pas uniquement faire un choix par rapport à mes capacités. C'est comme choisir de faire de grandes études en médecine parce qu'on a la capacité de bien retenir la théorie, mais qu'au fond la médecine ne nous intéresse pas du tout. Je pense que c'est important de faire la corrélation entre nos passions et le choix de nos études. C'est le but des portes ouvertes des écoles. C'est pour essayer de savoir quels sont tes talents, dans quoi tu es forte, dans quoi tu es douée pour essayer de bien t'orienter. Il se peut aussi que ceux qui ont fait un choix d'études qui ne les correspondait pas ont aussi une vie à côté où ils peuvent exprimer leur passion après le boulot. En ce qui me concerne, j'ai utilisé ma passion pour la mode en me formant dans le métier du journalisme. Je me disais qu'un jour j'écrirais des articles dans la presse. Ce n'est pas un rêve qui est tombé parce que je le fais maintenant. Pour ma part, ma passion m'a servi dans le choix de mes études.
VF: As-tu déjà créé ton entreprise ou vends-tu tes articles uniquement sur Internet pour l'instant ?
Francine Antonio : J'avoue qu'au début je ne pensais pas que ça allait bien marcher. Donc je m'étais dit que cela resterait quelque chose d'artisanal ou quelque chose de petit. Maintenant, je souhaite obtenir un numéro TVA, créer un site Internet. Je viens de créer mon logo. Il était important pour moi de bien définir ma marque avant de lancer le logo qui doit la représenter. Je ne pense pas que mon logo aurait ressemblé à ce que je suis aujourd'hui si je l'avais lancé dès le départ de mon activité. Maintenant, je me fixe des objectifs pour 1 année. Cette année va être dédiée à l'élaboration du site, à l’étiquetage de toutes mes créations, et à me spécialiser dans la couture. Pour le moment, j'en suis là, j'avance petit à petit.
VF : Sais-tu déjà comment tu vas financer ces projets ?
Francine Antonio: Oui, dès le départ on m'avait conseillé d'avoir un cahier de compte pour me permettre de voir que ce que je vends puisse me resservir à l'élaboration d'autres aspects de mon activité, par exemple un site Internet. J'ai commencé avec un budget de 250€, pas plus. C'est de cet argent que je me sers jusqu'à présent. Par exemple, si je vends pour 1000€, c'est avec ça que je vais acheter mes tissus, mes boîtes, etc. Je n'injecte jamais de budget supplémentaire, car cela voudrait dire que je ne fais pas de profit. Je pense que n'importe quel comptable dirait ça aussi. Je ne voyais pas l'importance d'avoir un cahier de compte jusqu'à ce que ma sœur me dise que j'en avais besoin pour voir mes recettes et mes dépenses à la fin du mois. Donc pour le moment, je tourne de cette manière financièrement. Je ne veux pas faire de profit pour l'instant, car je pense qu'il est normal de ne pas en faire les 3 premières années à cause de toutes les choses à mettre en place, notamment la création d'un site Internet ou l'embauche d'une personne r, etc. Je me donne 3 ans pour faire le maximum, c'est-à-dire créer mon entreprise, créer un site, etc. Après les 3 ans, si je suis dans le rouge financièrement, il faudra se poser les bonnes questions et ne pas vendre à perte. Jusqu'à présent, je tourne avec les 250€ de mon budget de départ et avec l'argent de mes ventes.
VF: Tu réinjectes donc l'argent que tu gagnes dans ton activité.
Francine Antonio: Exactement. Je ne touche à rien d'autre. Si je dois acheter ma matière première à 250,00€ et que je n'ai que 50,00€, j’achèterai pour 50,00€. Je ne vais pas ajouter de l'argent. Mon but est de réinjecter sans devoir vendre à perte. Je me suis aussi formée en comptabilité, car je ne savais pas qu'il fallait avoir son cahier de recettes même si je voyais ma mère en utiliser un. Ce sont des choses qui sont importante pour voir si son entreprise évolue bien.
VF: Les crédits, les appels de fonds ce sont donc des choses que tu évites ?
Francine Antonio : Oui, je travaille dans le crédit mais j'ai horreur du crédit. Certaines personnes prennent des crédits, même petits comme 5000,00€, pour démarrer leur entreprise mais cela n'était pas envisageable pour moi. Travaillant dans ce milieu j'ai conscience de la corde au cou que tu peux avoir par rapport à un crédit, donc pour moi ce n'était pas envisageable. Mon activité peut bien fonctionner sans crédit mais je comprends aussi que d'autres entreprises ont besoin de plus. Moi, je n'ai besoin que de tissu, de quelques boîtes et de beaucoup de courage. En revanche, pour d'autres entreprises, il en faut beaucoup plus et donc un crédit s'impose.
VF: Tu m'expliquais avoir un atelier chez toi et qu'il commençait à devenir petit tant tu as des tissus. Peux-tu expliquer à quoi ressemble une journée type de ta vie de créatrice d'accessoires pour bébé ?
Francine Antonio: Je dépose d'abord ma fille à la crèche parce que c'est difficile et avec un petit enfant c'est d'autant plus compliqué. Ensuite, je commence par voir si j'ai des commandes. S'il y en a, je ne commence aucune confection tant qu'il n'y a pas de preuve de paiement. Mes débuts m'ont appris que parfois les clientes oublient de payer, ce qui peut arriver. Dans le passé, je confectionnais les articles aussitôt que je recevais une commande. Aujourd'hui je ne fonctionne plus de cette manière car c'est du temps que je dois prendre sur ma vie de famille. Mes clientes me communiquent par e-mail les données nécessaires pour traiter leurs commandes. Une fois l'article confectionné, je l'emballe et le dépose à la poste. Ensuite, je fais le suivi de la livraison pour être sûre que le colis a bien été livré. Il m'est déjà arrivé de signaler à une cliente que son colis l'attendait à un point relais. Il faut savoir qu'une commande de nœud me prend grosso modo 2 heures pour être complètement traitée. Entre temps, il faut assurer la vie de famille. Ces 2 heures-là doivent donc être réparties sur la journée. Je n'ai pas encore mesurer le coût de ma main-d'oeuvre parce que c'est de mon entreprise qu'il s'agit. J'estime que c'est normal de ne pas me rémunérer au début.
VF: Suis-tu un planning pour confectionner tes créations ?
Francine Antonio: Non, je travaille le week-end, en semaine, le matin, le soir, à 3 heures du matin... Peu importe. Je me dis : "C'est mon entreprise, j'y vais" ! Je fonce. Pour mon premier atelier j'avais toute une série de nœuds à préparer que j'ai fabriqué jusqu'à 4 heures du matin !
VF: N'est-il pas difficile de travailler sans horaire et avec une obligation de résultat ?
Francine Antonio : Oui, c'est difficile, il ne faut pas se le cacher. Ce n'est pas plaisant... Personne ne veut travailler jusqu'à 4 heures du matin sur une commande même si c'est ta passion. C'est d'autant plus difficile que je réinjecte tout l'argent dans mon activité. Je le fais, car il faut avoir le sens du devoir et de la rigueur dans l'entrepreneuriat. Il ne faut rien lâcher parce que si tu te fatigues déjà après 1 an ou 2 ans ou si tu ne le fais que pour l'argent, je pense que c'est mort. Tu vas déchanter. Je pourrais me dire que je ne travaille que pour 5,00 €, mais je ne me dis pas cela. Je le fais parce que je suis en train de créer ma marque. Je le fais pour ma fille. Je sais qu'elle en sera fière quand elle en aura conscience. Cela me rend fière. J'ai envie de faire cela pour tous mes futurs autres enfants mais je ne sais pas comment je ferai pour le nom de la marque... Je rajouterai peut-être Les Accessoires de Mayela "et compagnie" (rires).
Interview réalisée par Valeur Féminine
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C'est assez sage !
J'apprécie le fait qu'elle réinvestisse tout ce qu'elle gagne dans son entreprise, on a pas tendance à faire cela...mais c'est une bonne idée