Charlène Mbuyi : Co-fondatrice de Mizuri
- Valeur Féminine

- 29 juin 2020
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 oct. 2020
Charlène Mbuyi est une femme déterminée, maman de 3 enfants et mariée à Cédric Mengi. Elle est la co-fondatrice de Mizuri, une plateforme engagée et dédiée aux soins des peaux mates, noires et métissées, qu’elle a lancée avec son époux. Mizuri est la fusion des mots « uzuri » et « mizizi » qui, en swahili, signifient respectivement beauté et racine. La jeune entrepreneuse nous dévoile l’histoire de sa marque.
VF: Tu es comptable au sein d’une société à Bruxelles, en plus d’être la co-fondatrice de Mizuri. Qu’est-ce que l’univers de la beauté représente pour toi ?
Charlène Mbuyi : En effet, j’ai toujours fait de la comptabilité. C’est un monde qui m’a façonnée, probablement parce que mon père est également comptable. D’un autre côté, j’ai aussi été baignée dans l’univers des cosmétiques en grandissant. Les soins de beauté ont toujours été très présents dans ma vie et c’est quelque chose de très naturel pour moi. Ma mère est assez coquette. Elle doit avoir une trentaine de bouteilles de parfums (rires). Je pense que cela m’a beaucoup influencée et explique aussi pourquoi je suis passionnée par ce monde. Avant de développer des problèmes cutanés, je commandais toutes sortes de cosmétiques. Dès qu’on me disait qu’un produit était bien pour les peaux noires, je l’achetais ! Il m’est déjà arrivé de passer commande de la Jamaïque, même si cela prenait du temps pour être livré !
Une fois de plus, j’ai dû acheter les produits en ligne, car ceux-ci n’étaient pas disponibles en Belgique. Ce jour-là, j’ai eu un déclic et j’ai voulu changer les choses.
VF : Comment t’est venue l’idée de créer ta propre plateforme ?
Charlène Mbuyi : J’avais cette idée en tête depuis un peu plus de 12 ans. C’est mon mari qui me l’avait soufflée, car j’achetais régulièrement des produits sur Internet à partir des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Il ne comprenait pas pourquoi je commandais aussi loin. En réalité, ces produits n’étaient pas disponibles en Belgique. Étant comptable, je n'envisageais pas de lancer une boutique de cosmétiques. Je ne cherchais donc pas à concrétiser cette idée. C’est en développant des problèmes de peau que je me suis décidée à créer Mizuri. À cette époque, j’ai commencé à comprendre quels étaient les spécificités et les besoins des peaux foncées. C’est à ce moment aussi que j’ai découvert une très bonne marque que j’ai voulu tester tout de suite. Une fois de plus, j’ai dû acheter les produits en ligne, car ceux-ci n’étaient pas disponibles en Belgique. Au total, j’ai dû dépenser 400,00 € à cause des frais de livraison et de douane, alors que ma commande revenait autour de 125,00 €. Ce jour-là, j’ai eu un déclic et j’ai voulu changer les choses. J’en avais assez de devoir débourser autant d’argent parce que je ne trouvais pas de bons soins ici. Lorsque je me rendais dans les magasins soi-disant spécialisés, personne ne savait de quoi je parlais quand je disais que j’avais de l’hyperpigmentation. On ne me proposait que des produits éclaircissants ! J’étais sûre que je n’étais pas la seule à expérimenter ce genre de situation. J’ai alors décidé de faire venir en Belgique tous ces produits que je commandais en ligne. C’est comme ça qu’est né Mizuri, en octobre 2018.
VF : Comment tes problèmes de peau ont-ils commencés ?
Charlène Mbuyi : Je pense que c’est parce que j’étais toujours à l’affût de nouveaux produits. Je les consommais sans connaitre mon type de peau et les gestes simples comme se démaquiller avant d’aller dormir, par exemple. Mais l’événement marquant a été ma première grossesse lors de laquelle j’ai développé un masque sur mon visage. Celui-ci a provoqué un assombrissement de mon teint. J’ai été confrontée à la même situation, lors de mes grossesses suivantes. J’avais beau être une grande utilisatrice de cosmétiques, je ne savais pas bien prendre soin de ma peau en prêtant attention à ses besoins. Je pensais qu’il suffisait d’appliquer n’importe quel produit sur son visage pour en voir les effets. Une proche m’a finalement conseillé une crème qui, malheureusement pour moi, a causé davantage de dommages à ma peau. En l’espace de deux semaines, je suis passée d’une teinte foncée à une teinte claire. En moins d’un mois, j’étais devenue méconnaissable. Cette crème était très agressive ! C’est mon mari qui a tiré la sonnette d’alarme en me disant d’arrêter. Je me suis aussi rendu compte du problème, d’autant plus que ce n’était pas l’effet recherché. Je voulais juste récupérer mon teint d’avant. Après cet épisode, mes problèmes de peau ont empiré. C’était le comble et cela a duré 4 ans !
VF : Pourquoi selon toi, n’avons-nous pas toutes pas une belle peau nette et lisse de manière naturelle ?
Charlène Mbuyi : Je pense qu’il y a déjà un problème de perception de ce qu’est une belle peau. Les réseaux sociaux, notamment, nous présentent toujours des femmes à la peau parfaite. Et l’on oublie que toutes sont maquillées et que leurs photos sont retouchées. Cela a pour conséquence de créer de fausses attentes rattachées à un idéal de beauté qui n’existe pas. Je n’ai jamais vu une femme à la peau parfaite comme celles que les médias nous présentent. Le but n’est pas d’avoir une peau immaculée, mais une peau saine. Et pour cela, utiliser quelques produits et d’adopter les bons gestes, suffit. On ne peut pas forcer la nature en voulant absolument atteindre la perfection. En ce qui me concerne, j’ai de l’hyperpigmentation. Depuis quelques années, je traite ce problème à l’aide d’une protection solaire que j’applique tous les jours. En été, je n’ai aucun souci, car j'utilise les soins adéquats en amont. Il faut donc connaitre les besoins de sa peau pour bien en prendre soin et être tranquille.
VF : Certaines femmes ont vraiment tout essayé, mais elles ne parviennent pas à se débarrasser de leurs problèmes. Quels conseils pourrais-tu leur donner pour leur redonner de l’espoir ?
Charlène Mbuyi : Je leur conseillerais de se tourner vers des professionnels, bien qu’étant en Europe, certains ne comprennent pas les peaux foncées. Sur le site Mizuri, on a mis en place un petit questionnaire pour connaitre son type de peau. C’est la première étape. Ensuite, je conseillerais d’adopter les gestes de base comme nettoyer et hydrater son visage. Il faut aussi être conscient que la peau, qui est un organe, vieillit. On aide aussi les femmes en répondant à leurs questions, et en leur apportant une réelle expertise.
VF : Le marché des soins de beauté est très concurrentiel. Qu’est-ce qui fait la particularité de Mizuri ?
Charlène Mbuyi : En effet, c'est un marché très concurrentiel et ça a toujours été le cas. Les statistiques montrent qu’une femme noire dépense en moyenne 1000,00 € pour sa beauté, soit 4 fois plus que la femme caucasienne, par exemple. Certains ont compris que la première était prête à dépenser beaucoup d’argent, et vont jusqu'à même lui proposer des produits nocifs pour sa peau. Chez Mizuri, on ne retrouvera pas, par exemple, des cosmétiques à base d’hydroquinone qui décapent l'épiderme. Les appellations ont changé, mais il y a encore des centaines de produits à base de cette substance toxique qui sont commercialisés ! Ils détruisent la peau en la vidant de sa mélanine, la brûlent et la font pourrir ! Ma plateforme propose une sélection de soins "clean" à destination des peaux mates, métissées et noires. Ils répondent à leurs besoins spécifiques et traitent leurs problèmes comme l’hyperpigmentation, par exemple. 70 % des femmes noires souffrent à un moment donné de leur vie de ce genre de trouble. Mizuri propose aussi des routines personnalisées. L’excellence est vraiment au cœur de nos valeurs et nous sommes à l’écoute de nos client(e)s. Nous cherchons à établir des liens forts et en toute transparence avec notre communauté.
Quand on se lance dans l’entrepreneuriat, on crée son parachute en même temps.
VF : L’entrepreneuriat prend énormément de temps. Comment gères-tu toutes tes responsabilités en dehors de ton rôle de cheffe d’entreprise ?
Charlène Mbuyi : Un adage dit que les femmes peuvent faire plusieurs choses en même temps. Je pense que j’en fais partie (rires) ! C’est important d’avoir un « mind set » très fort, car entreprendre n’est pas facile. Je m’encourage toujours en me disant : « Charlène, rappelle-toi pourquoi tu le fais ». Il faut vraiment être organisé et gérer son temps. Peut-être que le fait d’être maman me donne aussi un petit avantage, parce que j’ai l’habitude de gérer mes enfants, mon mari et la maison. Gérer une entreprise en plus, c’est un peu la même chose. Parfois, ça m’arrive de travailler très tard, mais j’accepte de payer ce prix. Tant que je ne suis pas dans l’épuisement, je bosse. Il y a bien sûr des jours où je suis fatiguée et que je ne réponds à aucun mail et laisse mon téléphone éteint pour me reposer. J’avoue que c’est très difficile à respecter, mais heureusement, je ne suis pas seule, mon mari m’aide quand il le faut. Je sais que si je ne lève pas le pied, je ne pourrai pas atteindre mes objectifs en étant épuisée. Je fais aussi attention à mon alimentation pour garder un équilibre à ce niveau-là également. Comme on dit, il faut un esprit sain dans un corps sain.
VF : As-tu recours à des groupes de motivation ou au mentoring pour garder ton mental au beau fixe ?
Charlène Mbuyi : J’adhère complètement au mentoring. Je pense que c’est un bon moyen de rester motivé en tant qu’entrepreneur. Ne pas se sentir seul, c’est important. Pour ma part, je lis beaucoup de livres de personnes qui ont percé dans l’entrepreneuriat. À l’avenir, j'aimerais aussi pouvoir participer à des groupes de motivation, mais pour l’instant, par manque de temps, je suis plutôt des formations à distance.
VF : Quels conseils donnerais-tu à celles qui souhaitent aussi se lancer dans un business?
Charlène Mbuyi : Je dirais : « Lancez-vous » ! La première personne que j’ai contactée avant de démarrer Mizuri était une Américaine qui avait développé une crème solaire pour peaux noires. Elle était très emballée par mon projet et m’a dit tout de suite qu’elle souhaitait me rencontrer lors de son prochain voyage en Europe. J’avoue avoir un peu paniqué (rires).
Mais, lorsqu’on s’est rencontrées, elle m’a vraiment poussée à concrétiser mon projet en me disant : « Charlène, tu dois absolument le faire et foncer » ! Elle m’a communiqué une telle force que je me suis dit : « Ouiiiii, je vais le faire » (rires). Ensuite, j’ai pensé : « Mince, maintenant, tu vas devoir aller jusqu’au bout » ! Parfois, on se bloque parce qu’on cherche à obtenir d’abord une certaine sécurité. Quand on se lance dans l’entrepreneuriat, on crée son parachute en même temps. C’est-à-dire qu'on s’adapte aux situations, on contourne les obstacles et l’on évite d’avoir peur que les choses se passent mal. C’est important d’être mentalement fort. Et c’est là que commencent les grands succès. Contrairement à ce qu’on pense, être complétement préparé ne garantit pas la réussite, car si devant les problèmes on perd pied on ne pourra pas percer !
VF : Aujourd’hui, quel mot représente ton état d’esprit en tant que cheffe d’entreprise et pourquoi ?
Charlène Mbuyi : Le mot qui nous représente mon mari et moi, c’est « visionnaire ». Nous voulons faire les choses différemment et beaucoup mieux. Nous voulons changer la donne et être des modèles pour les générations futures.

VF : Comment souhaites-tu faire évoluer ton entreprise ? Quelles sont tes perspectives ?
Charlène Mbuyi : La prochaine étape est d’ouvrir une première boutique physique. Notre site Internet fonctionne très bien, mais nous sommes aussi attentifs à cette génération qui n’est pas à l’aise avec le digital et qui souhaite pouvoir se rendre en magasin. Nous désirons aussi offrir un lieu convivial et inspirant où nos client(e)s peuvent nous rencontrer. À terme, nous voulons ouvrir des Mizuri dotés d’instituts de soins de beauté partout, et même en Afrique.
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Interview réalisée par Valeur Féminine
Contact Mizuri
Site web : www.mizuri.be
Email : info@mizuri.be
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Tél. : 02/269.44.20
Email : info@valeur-feminine.be








bon article, j'ai eu l'occasion de rencontrer Mme Mbuyi à la rencontre des afro- entrepreneuses à Bruxelles l'année passée en 2019, et j'avais déjà été séduite par son projet, ravie de voir que tout va pour le mieux